Sommeil, Activité physique et sportive

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L’activité physique est un déterminant de santé de première importance. Sa promotion en population générale fait l’objet d’interventions fréquentes, et il est désormais montré qu’une activité physique soutenue, même d’intensité modérée, est un élément majeur dans la gestion de la santé. (Cf. le Plan National Nutrition Santé, ou PNNS, conduit par le Ministère de la Santé ou le programme Sport Santé Bien-Etre du Ministère des Sports).

Il existe une relation étroite entre l’activité physique et le sommeil. Bien que tous les éléments explicatifs de cette relation ne soient pas élucidés, des études épidémiologiques ont montré une corrélation positive entre l’exercice physique et le ressenti d’un meilleur sommeil. Ceci est vrai tout autant pour les sujets « bons dormeurs » que pour des populations d’insomniaques chroniques.

L’autre déterminant de santé également très intriqué à cette problématique est l’alimentation. Bien que ce déterminant ne soit pas développé dans ce propos, on ne saurait l’exclure pour autant de la réflexion, sachant que des observations ont bien montré une corrélation entre durée du sommeil et indice de masse corporelle du fait de perturbations hormonales impliquées dans la régulation des prises alimentaires Dans le contexte sportif, l’alimentation est envisagée comme facteur susceptible d’interférer sur la performance physique.

Les recherches ont montré que la sédentarisation diminue l’amplitude des rythmes circadiens et que les effets de l’exercice physique peuvent être assimilés à ceux de la lumière de haute intensité. Il est donc hautement probable que l’activité physique ait un effet positif sur le processus d’entrée dans le sommeil. C’est pour ces raisons que le terme de « cercle vertueux » entre activité physique et sommeil a été retenu.

Ceci ouvre des perspectives en matière de promotion de l’activité physique, non seulement pour les sujets normaux, mais également les personnes présentant des pathologies du sommeil. Chez ces dernières, bien que des expérimentations aient conduit au constat d’améliorations significatives, beaucoup d’éléments de compréhension restent encore à développer (et des études complémentaires à conduire) pour mieux comprendre la part que l’activité physique pourrait valablement tenir dans la gestion des pathologies comme l’insomnie, le syndrome d’apnées du sommeil, les troubles du rythme circadien, les hypersomnies ou la narcolepsie. A fortiori si on se propose de poser l’activité physique comme une alternative à la prise de médicaments…

Le terme d’activité physique est généralement associé au qualificatif de « sportive ». Une distinction est cependant nécessaire du fait qu’elle sous-entend une activité dont la nature, l’intensité et la durée dépassent le cadre habituel de l’activité physique de maintien (quand bien même celle-ci serait réalisée dans l’objectif d’en augmenter la pratique et le bénéfice). C’est qu’il s’agit en réalité de conditions essentielles à réunir dans une perspective de performance donnée à un moment donné. C’est le cas notamment des sportifs professionnels et des sportifs de haut niveau. Chez ces derniers, la place et la gestion du sommeil sont particulièrement à considérer dans la préparation de l’organisme à l’adaptation nécessaire des rythmes veille/sommeil pour permettre à la fois la réalisation des performances lors des compétitions dans les conditions optimales et aussi la nécessaire récupération de l’effort qui s’en suivra. En gardant à l’esprit qu’à partir d’un certain seuil d’activité, la performance physique et mentale se détériore.

Les performances sportives ont des conséquences sur le rythme veille/sommeil du fait du sport lui-même, de ses caractéristiques, de la structure et de la personnalité de l’athlète, du calendrier des épreuves et de leur déroulement. On ne peut ignorer en effet les perturbations du sommeil rencontrées chez les athlètes lors de la préparation aux compétitions avec les conséquences potentielles sur les résultats. Ces troubles du sommeil sont des indicateurs de l’état psycho-physiologique des sujets et orientent mieux sur les conditions optimales à réunir pour leur préparation.

On doit enfin rappeler que nombre de sportifs présentent des pathologies du sommeil qui peuvent générer des troubles non négligeables de leur santé et avoir un impact sur les performances qu’ils se proposent d’atteindre. Afin d’en éviter les conséquences, la recherche de ces pathologies (et leurs traitements) doit être réalisée.
Les études sur les rythmes veille/sommeil des sportifs ont un double intérêt pratique :

  • Du fait que ces rythmes conditionnent les performances non seulement sur le court terme mais également sur le long terme au décours de la carrière du sujet
  • En ce qu’elles permettent d’étudier les méthodes dites de « contre-mesures » susceptibles de pallier les effets nocifs engendrés par la perturbation des rythmes.
    D’autres situations, sans rapport avec un objectif de compétition, exigent également des performances physique et psychologiques particulières qui nécessitent une gestion des rythmes circadiens.

C’est le cas des conditions inhabituelles, voire extrêmes, rencontrées par les personnes exerçant dans des domaines d’activité variés comme la santé ou la sécurité des biens et des personnes. Ici encore, la question essentielle est non seulement la santé de la personne dans son exercice, mais aussi celle des sujets pour lesquels ils interviennent, le plus souvent en situation d’urgence. L’exemple des erreurs d’appréciations ou de prescriptions chez les personnels dédiés aux urgences sanitaires est connu. Un exemple d’activité sportive dans des conditions extrêmes est retrouvé chez les navigateurs solitaires qui sont contraints, moyennant des conditions physiques développées, à des veilles prolongées dans des situations de vigilances techniques et environnementales exceptionnelles.

Dans ce cas le sommeil est fragmenté en courtes tranches et se déroule en plusieurs phases sur les 24 heures. Les cycles sont donc raccourcis. Le sommeil est appelé pour cette raison « polyphasique ». On sait par ailleurs que son installation est rapide lors du déroulement des épreuves (2 à 3 jours).

Dès lors que le repos indispensable ne peut être assuré dans des conditions habituelles, la question qui se pose est de connaître mieux la qualité (et la quantité) du sommeil de ces sujets durant cette épreuve, et plus précisément encore d’apprécier pendant ces cycles courts les phases de sommeil lent profond et de sommeil paradoxal. Les investigations ont ainsi mis en évidence l’existence de 5 à 6 « portes » du sommeil sur les 24 heures qui, au final, donnent une durée totale de repos certes diminuée mais de qualité réparatrice majorée.

Par ce moyen, le navigateur est donc en situation de « gérer » son sommeil et apporter à son organisme les conditions de son repos et de sa récupération dans les meilleures conditions d’adaptation aux situations particulières rencontrées.

Les personnels militaires connaissent des situations emblématiques du fait du déroulement de leurs activités dans des conditions particulières, souvent extrêmes et périlleuses. C’est le cas des interventions armées en situation de crise grave. L’environnement dans lequel se déroulent les opérations (milieux d’évolution hostiles, technologies de pointe, moyens logistiques complexes, armements sophistiqués, programmations stratégiques, coordinations et durée des interventions…) n’est pas harmonisé avec l’organisation des rythmes biologiques des sujets et singulièrement avec le rythme circadien. Avec pour première conséquence l’émergence d’une fatigue importante.

Celle-ci contribuera fortement à la baisse des performances et augmentera les risques d’accidents qui, en l’espèce, peuvent avoir des retentissements sur la santé et la sécurité des individus et impacter négativement les missions qu’ils conduisent Parmi les éléments qui sont en cause on retient principalement : le décalage horaire, les privations de sommeil partielles ou totales, le stress, l’activité en horaires décalés, les paramètres psychologiques.
Ces situations font donc l’objet de mesures de prévention notamment par :

  • La sélection des individus en fonction des besoins des situations rencontrées et des activités requises en regard
  • La préparation et l’entraînement physique continus (à l’endurance, la puissance, la force…)
  • Les techniques d’optimisation du potentiel (TOP) pour favoriser la récupération physique et mentale, la qualité du sommeil et la capacité d’entreprendre
  • La préparation psychologique individuelle et/ou collective au combat
  • La gestion du rythme veille-sommeil en opération, le sommeil de récupération, la qualité de l’éveil
  • Le maintien d’un niveau satisfaisant de vigilance
  • La gestion nutritionnelle pour la réparation et la construction cellulaire

Ainsi, qu’il s’agisse de pratiques à des fins sportives ou de nécessité interventionnelles, les activités qui requièrent des objectifs de performance et de sécurité dans la durée impactent directement les rythmes biologiques, et en particulier les rythmes circadiens, avec des conséquences appréciables sur la santé et le résultat des exercices.

Dans ce domaine fortement structuré par les avancées techniques, technologiques et les conditions environnementales particulières, la poursuite des études et les recherches est impérative. La gestion du sommeil, de la vigilance et de la bonne récupération sont essentielles pour la prévention des accidents de santé et de la bonne organisation des activités, stratégiques notamment