Le travail posté et le travail de nuit

nuitLe travail posté est un travail réalisé en horaires successifs et alternants selon un certain rythme, y compris rotatif, qui peut être continu ou discontinu. L’activité est accomplie à des heures différentes de la journée ou de la nuit avec un rythme prévu sur plusieurs semaines ou mois. Selon qu’elle soit interrompue ou non en fin de journée et en fin de semaine, on distingue le travail posté discontinu, le travail posté semi-continu ou le travail posté continu. Sa pratique est en extension. Le mode le plus représenté est le travail en 2 équipes.

En France, 20% de la population active est en travail posté ou de nuit. Il est reconnu que ces rythmes de travail engendrent des troubles du sommeil et participent plus généralement à l’usure prématurée des salariés.

Du fait que l’horloge humaine est programmée pour une activité diurne et un repos nocturne, les changements horaires d’activité et de repos ne peuvent se faire que par des mécanismes d’adaptation.

 

Ce qui suppose que soient coordonnés trois facteurs : les facteurs chronobiologiques, les facteurs « sommeil » et les facteurs relatifs à la vie personnelle.

Sachant que, même lorsqu’elle est réalisée, cette adaptation n’est jamais totalement satisfaisante :

  • Les facteurs chronobiologiques intéressent les rythmes circadiens (rythme veille/sommeil, rythme de la température, rythmes hormonaux…) Ceux-ci ne s’adaptent ni facilement, ni rapidement, ni concomitamment aux décalages horaires. De ce fait, nombre de sujets ne pourront pas poursuivre leurs activités, notamment ceux qui exercent au rythme de 3 fois 8 heures. D’autres, par contre, semblent plus aptes aux décalages. Ce sont essentiellement des sujets jeunes (qui possèdent une « plasticité » du sommeil plus grande), ceux qui seraient plutôt « du soir » que « du matin », ceux dont l’activité se déroulerait dans le sens horaire.
  • Les facteurs « sommeil ». Lors du sommeil diurne, on observe la perte du sommeil lent profond et du sommeil paradoxal. S’y ajoutent un environnement défavorable (lumière, bruit, température) et les obligations de la vie sociale. Une autre conséquence de la perte d’l à 2 heures de sommeil chaque jour est l’installation d’une dette chronique de sommeil.
  • Les facteurs personnels sont essentiellement des problèmes individuels liés au sexe, à l’âge et aux contingences familiales comme par exemple la garde des enfants.

Les troubles majeurs, observés chez les personnes soumises à ces horaires, sont de deux ordres : une diminution du temps de sommeil total (1 à 2 heures par 24 heures), aboutissant dans la durée à une dette chronique de sommeil, et une augmentation du risque de somnolence durant la période d’éveil.

Les principaux effets du travail de nuit sur la santé des travailleurs sont :

  • Les troubles du sommeil,
  • La fatigue et la somnolence,
  • Le risque d’accidents ou de quasi accidents de la circulation (de l’ordre d’un facteur de 2 à 5 selon la littérature), et notamment pendant les temps de trajet domicile-travail,
  • La consommation plus élevée de médicaments pour faciliter le sommeil ou -à l’inverse favoriser l’éveil,
  • Les troubles digestifs et le déséquilibre nutritionnel (effets sur le surpoids),
  • Les troubles de l’humeur, l’irritabilité,
  • Les risques cardiovasculaires,
  • Les risques de cancers,
  • Les risques de prématurité et de fausses couches chez les femmes enceintes.

Des recommandations, labellisées par la Haute Autorité de Santé (HAS), ont été proposées en 2013 pour guider la surveillance professionnelle des travailleurs postés et/ou de nuit. Celles-ci visent à assurer les conditions optimales pour la santé du travailleur dans son activité et prévenir l’apparition de pathologies particulièrement graves pour lesquelles le rôle du sommeil est considéré comme un facteur conséquent. Il demeure nécessaire de poursuivre les études sur les conséquences du travail posté et de nuit, à titre individuel comme à titre collectif.

Sur le long terme en effet, le constat d’apparition de pathologies plus fréquentes dans cette catégorie de travailleurs par rapport à la population générale est une source de préoccupation et de recherches. Ainsi en est-il de la plus grande présence de cancers chez les travailleurs de nuit.

Le rôle du travail posté/de nuit a été également étudié pour d’autres types de cancers comme le cancer de l’endomètre, le lymphome malin non hodgkinien, le cancer colorectal, le cancer de la prostate. Les études doivent être poursuivies pour préciser ce risque, comme par exemple celles sur le chronotype des travailleurs ou l’analyse des biomarqueurs afin de préciser les mécanismes en jeu dans cette association. Elles permettraient également de préciser le rôle de lumière comme outil de régulation de l’horloge biologique et frein de la cancérogenèse. Si ces études s’avéraient concluantes, des mesures de santé publique de nature préventive pourraient en découler.

Le risque de cancer du sein par exemple est particulièrement important à explorer car il serait augmenté de l’ordre de 30% chez les femmes ayant travaillé de nuit plus de 4 ans (surtout avant une première grossesse). Le même constat est effectué sur des postes impliquant des décalages fréquents entre rythme de jour et En 2010, sur la base des travaux du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), le travail induisant des perturbations du rythme circadien a en effet été classé comme « probablement cancérigène ».

Ce facteur s’ajoute à tous ceux déjà connus (mutations génétiques, âge des grossesses, traitements hormonaux, environnement…).