La somnolence au volant et l’accidentologie routière

Les causes les plus fréquentes de baisse de la vigilance

Selon une étude américaine les jeunes hommes de 16 à 24 ans auraient 2 fois plus de risque d’accident que les sujets du même sexe de 40 à 59 ans. C’est de fait, la population la plus exposée au manque de sommeil. Les sujets jeunes présentent en effet une physiologie particulière prédisposant au manque de sommeil difficilement compatible avec les rythmes sociaux (travail, scolarité…). Ils ont une mauvaise perception de la somnolence, un manque d’expérience au volant et des comportements à risques (consommation d’alcool ou de toxiques) qui majorent le risque de somnolence.

Il intéresse 20% de la population active. Qu’il s’agisse du travail de nuit ou du travail posté, la perturbation de l’horloge biologique qu’il induit majore considérablement le risque de somnolence au volant (le chapitre consacré aux travailleurs en horaires décalés aborde ce déterminant).

Les experts distinguent la conduite active dans un environnement défavorable (embouteillages, mauvaise visibilité…) de la conduite passive retrouvée lors de parcours longs, répétitifs et prévisibles qui bien qu’apparemment sécurisants, demandent une attention accrue (conduite sur autoroute par exemple). La durée de la conduite et les horaires (de nuit, en début de matinée) sont des facteurs aggravants. Les conducteurs professionnels y sont particulièrement exposés (12% dorment moins de 6 heures et 17% restent éveillés plus de 16 heures).

Connues ou non (apnées du sommeil, insomnie, narcolepsie-hypersomnie) qui affectent nombre de personnes conduisant un véhicule personnel ou professionnel qui retentissent sur la vigilance et accroissent le risque accidentel.

(Prescrits ou auto-administrés) comme les tranquillisants, les neuroleptiques, les antidépresseurs, les antihistaminiques dont les effets sur la vigilance sont importants. ll en est de même pour les substances psychoactives.

Young businesswoman sleeping in her office

Le mot vient du latin Siesta, qui désigne la sixième heure (sexto hora) après le lever du soleil, ce moment où notre vigilance baisse, en début d’après-Midi, même si nous n’avons pas déjeuné. «Ce qui fait la particularité de la sieste, c’est une demande de mise au repos plutôt cognitive et cérébrale, dont on sait qu’elle touche presque tout le monde. Notamment avec les baisses d’attention, les erreurs, les diminutions de temps de réaction dans la journée or la sieste répare ces phénomènes », souligne le professeur Damien Léger, chef d’unité du Centre du sommeil et de la vigilance.

Déjà, à la fin des années 1990, des études japonaises avaient montré les effets positifs d’une sieste de 15 à 20 minutes sur la vigilance et la performance d’une tâche après un déjeuner et une nuit de sommeil normale (Takahashi, National Institute of Industrial Health, 1998, Kawasaki et Hayashi, Department of Behavi Oral Sciences, Faculty of Integrated Arts and Sciences, Hiroshima University, 1999).

On a aussi montré que la restauration de la vigilance après une sieste diminue le risque d’accidents de la route, notamment en cas de conduite nocturne chez les sujets jeunes, pour qui l’effet d’une sieste de 30 minutes est supérieure à celui de la caféine, selon une étude menée par la Clinique du sommeil à Bordeaux, publiée en 2007 (Sagaspe et al.).

De façon plus inédite, la sieste agirait sur le système immunitaire et le niveau de stress. Une équipe de chercheurs menée par Brice Faraut au Centre du sommeil et de la vigilance a analysé des produits de la salive et de l’urine après une privation de sommeil la nuit, suivie ou non d’une sieste (Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism, 2015). Il a été ainsi montré que la sieste réduit l’activité des systèmes de stress, qui déclenchent aussi des réactions du système immunitaire.

Dans autre étude menée au Centre du sommeil et de la vigilance, Brice Faraut et ses collègues ont observé que le manque de sommeil chez des sujets en bonne santé augmentait également la sensibilité à la douleur, mais qu’à la suite d’une sieste de 30 minutes, cette hypersensibilité n’avait plus d’effet (PLoS One, 2015).
Considérée comme un traitement non médicamenteux au Centre du sommeil et de la vigilance, la sieste pourrait sans doute réduire la consommation de nom¬breux médicaments selon le professeur Léger, «car lorsque l’on réfléchit à ce qui a été mesuré sur la douleur, la sieste aurait une valeur antalgique. Elle pourrait aussi concerner des gens qui se sentent fatigués et qui consomment des vitamines ou des médicaments pour se stimuler.

Renforcement des études et des actions

 

Des dispositions nombreuses ont été finalisées pour réduire le risque accidentel lors de la conduite automobile, mais il demeure qu’un renforcement des études et des actions est nécessaire pour un impact plus conséquent.

Il en est ainsi de :

  • La législation qui devrait davantage rappeler la responsabilité juridique du conducteur comme celle de son médecin en cas de non information d’un risque d’hypovigilance lié à une pathologie ou à un traitement réduisant les aptitudes à la conduite.
  • Les conditions d’attribution du permis conduire aux personnes présentant une apnée du sommeil (conformément à la directive européenne). Des recommandations spécifiques émanant d’un groupe d’experts ont été produites.
  • L’amélioration de la détection du niveau de somnolence et d’endormissement dans la survenue des accidents mortels.
  • Le développement de la réglementation européenne qui retient des dispositions afin d’améliorer la sécurité des conducteurs de poids lourds compte tenu de l’horloge circadienne, notamment au regard du temps de conduite autorisé.
  • Les conditions du développement de la communication de l’Union Européenne (2010), touchant à l’éducation, les mesures coercitives, les infrastructures, la sécurité des véhicules, les services d’urgence et de premiers soins, les équipements spéciaux…
  • Les dispositifs d’amélioration et d’expertise des outils de détection de la somnolence au volant ou encore l’étude de comportement des conducteurs et de leurs performances.
  • La formation et l’information des professionnels de la route et des conducteurs sur les contremesures susceptibles de prévenir la somnolence au volant.
  • La recherche d’outils de dépistage et de mesure des niveaux de vigilance chez les conducteurs.

Champ d’étude

La question de la somnolence et son rôle dans l’accidentologie routière est donc un champ d’études conséquent.
Selon les experts, 4 domaines sont particulièrement remarquables. Ils constituent un socle de recherche dont l’impact en santé publique est de grande ampleur :

  • La communication : réalisation de campagnes de sensibilisation pour le grand public et les populations à risque, l’affichage d’informations dynamiques et le relais des médias, l’information aux patients insomniaques ou apnéiques.
  • Les aspects juridiques : généralisation des aires de repos sur tout le réseau routier, limitation de conduite sous l’emprise de substances psychoactives, détection de la somnolence chez les conducteurs de poids lourds et d’autocars, limitation de la couverture assurantielle chez les conducteurs présentant des troubles du sommeil…
  • La formation : des moniteurs d’auto-écoles, des forces de l’ordre impliquées dans l’accidentologie routière, des médecins pour les risques liés aux traitements de leurs patients, à l’auto-détection des troubles du sommeil en cas de somnolence persistante.
  • De nouvelles orientations : meilleure connaissance des comportements dangereux, amélioration des systèmes d’alerte embarqués, amélioration de la détection de la somnolence.
La somnolence des conducteurs de deux roues motorisés

Si la somnolence des conducteurs de voiture commence à être mieux connue et repérée, celle des motards est tout à fait méconnue et pourtant le risque accidentel lié à la somnolence est très important aussi chez les conducteurs de deux-roues motorisés qui doivent faire face à la privation de sommeil, à des besoins d’attention très importants en raison des conductions de conduite et d’environnement.

Dans ce contexte, notre équipe de recherche en lien avec l’IFFSTAR est en train de mettre au point un simulateur de conduite de deux roues motorisées (Stéphane ESPIE, Clément BOUGARD) pour parvenir à identifier comment se manifeste la somnolence au volant chez ces conducteurs.

Une étude de validation soutenue par la Fondation Vinci pour une conduite responsable et par la Société Française de Recherche et de Médecine du Sommeil est en cours sous la responsabilité de Clément BOUGARD.